Les yeux du voyageur fouillent le paysage, détaillent les visages rencontrés, scrutent nerveusement les chemins qui s’offrent à lui. À en juger par l’usure de ses vêtements, la patine de sa charrette, on est assurément face à un vagabond au long cours, venu des confins du monde. Dans une langue inconnue, il finit par s’adresser à l’un ou l’autre des nombreux badauds qui s’agglutinent peu à peu autour de cet étrange cortège. C’est que le spectacle qui s’offre ce matin sur la place du village est d’une nature peu commune : l’homme, dans sa veste usée et son turban poussiéreux, fait penser aux bohémiens qui font parfois escale au bord du ruisseau en contrebas. Son véhicule, en revanche, semble être d’une toute autre nature : tirée à la force des bras, sa charrette déborde d’un foisonnement d’instruments de musique hétéroclites. Plus encore, c’est l’étrange amoncellement de boutons, leviers, câbles et autres tuyaux qui attire l’attention des curieux : une étrange machine, faite de bric et de broc, qui semble constituer l’essentiel de la cargaison du voyageur.
Les regards se font insistants, et le bruissement des conversations chuchotées monte peu à peu aux oreilles. Chacun devise à mi-voix avec son voisin, toise l’étranger du regard, scrute son curieux attirail. Fendant la foule, quelques enfants plus téméraires se rapprochent du visiteur. En silence, l’un d’eux pointe le doigt vers la charrette, en direction d’une grande flûte de sureau posée négligemment contre le rebord du véhicule. À son tour, l’homme se penche un instant à hauteur de l’enfant, le fixant de ses yeux noirs. Un sourire en coin se dessine sur ses lèvres puis, lentement, l’étranger se redresse, gagne sa charrette, et s’assoit sur la banquette. Un léger vrombissement emplit l’air alors qu’il enclenche un bouton de son intrigante machine. Alors qu’il entonne quelques premières notes sur un long instrument à cordes évoquant la contrebasse, l’enfant pose ses yeux sur l’étrange écriteau qui orne la charrette, et dont les lettres à moitié effacées laissent encore lire : « Vlad Lăutarescu și SolOrkestar »

Une production AMMD.

Le SolOrkestar est un concert de rue faisant intervenir un musicien aux commandes d’une loop-station. L’installation est regroupée dans une charrette à bras qui inclut un petit système de sonorisation. L’ensemble du dispositif est autonome en énergie : une batterie électrique embarquée permet des représentations mobiles, en rue voire en pleine nature, ainsi que dans des lieux conçus ou non pour le spectacle vivant (médiathèques, cafés, écoles, lieux insolites…).

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